Chaos Vaincu

Paul LENI, The man who laughs, op. cit., 00:48:27 / 00:50:54


Cette scène constitue la première rencontre entre la duchesse et Gwynplaine lors du spectacle "Chaos Vaincu". 
Au début de l'extrait, la tête de Gwynplaine dépasse du rideau, comme s'il tentait d'entrer dans notre monde et de s'y faire accepter. Son rictus est dévoilé au public. Le réalisateur a ensuite recours à un fondu enchaîné, qui permet au personnage de passer d'un cadrage en plan moyen à un gros plan. Dans un même temps, la caméra se rapproche de Josiane qui observe le saltimbanque, sans rire. Elle semble surprise de ce qu'elle voit et fronce les sourcils. De plus, elle respire rapidement : sa poitrine bouge au rythme de ses respirations. Le réalisateur alterne des plans de Gwynplaine et de Josiane et use à nouveau du fondu enchaîné. Cet usage permet de passer du général au particulier. Sont ensuite alternés des plans du peuple qui rit et de l'homme qui rit. Gwynplaine va ensuite croiser le regard de la duchesse. A sa vue, son réflexe est de cacher son rictus avec sa manche. De nouveau, Paul Léni utilise la surimpression. L'image de Josiane se superpose à celle du peuple. Cette technique souligne l'opposition qui existe entre Josiane et le peuple, autrement dit entre le calme et l'agitation, entre le sérieux et le rire. De plus, la surimpression, souvent utilisée dans le cinéma expressionniste, peut être associée à l'état mental d'un personnage. Ici, nous avons l'image d'une Josiane songeuse. Enfin, le regard se charge d'une double dimension. Au départ, le regard que s'échange les deux personnages est du domaine de la séduction. Mais peu à peu, le regard devient provocateur. C'est le cas notamment lorsque Gwynplaine cesse de cacher son rictus. 
Cette scène constitue donc le début chaotique de la relation entre la duchesse et le futur lord, qui sera vouée à l'échec.